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Le Swing

In History on September 29, 2010 at 6:22 pm

« Monsieur Armstrong, qu’est-ce que le swing ?

« Madame, si vous avez à le demander, vous ne le saurez jamais ! »

“Propos attribués à Louis Armstrong

Swing désigne la période du jazz des années 1930 illustrée par les grands orchestres blancs (Benny Goodman, qualifié de Roi du swing du fait de la diffusion de ses concerts sur l’ensemble des USA par la radio) ou noirs à l’origine de cette musique (Fletcher Henderson, Chick Webb, Jimmy Lunceford, Count Basie, Duke Ellington) et les petits ensembles de la même époque.

Swing (qui donne “swinguer”) désigne également un élèment musical fondamental du jazz classique. D’un point de vue technique, il consiste à substituer systématiquement à toute formule rythmique binaire une formule ternaire « balancée » (Anglais : shuffle, formule rythmique également appliquée dans le blues). Ainsi à une succession de deux croches on substitue la première et la troisième croche d’un triolet. Cependant, cette explication est une simplification ; en effet, d’après le chercheur Anders Friberg, le taux de modification du rapport entre deux croches (ou swing ratio) varie selon le tempo : si le rapport est bien comparable à celui d’un triolet autour d’un tempo de 200 noires par minute, il devient de plus en plus binaire à un tempo plus élevé. De même, lorsque le tempo est plus bas, le rapport ressemble davantage à celui d’une croche pointée suivie d’une double croche.

En définitive, cet élèment fondamental du jazz classique se rapporte à la pulsation. Fondée sur la syncope qui confère souplesse et rebondissemement à la section rythmique, elle permet au soliste et aux ensembles orchestraux “par une parfaite mise en place des valeurs”* de produire ce phénomène de l’ordre de la sensation pure et donc difficile à noter. L’accentuation forte ou faible du contre-temps participe aussi de ce processus de création d’une ambiance faite pour la danse; Avec la révolution du be bop structuré autour d’une conception harmonique novatrice et le cool qui revisite la fonction esthétique même du jazz, le swing rééxamine ses concepts de base pour s’intégrer dans un cadre où il devient un partenaire présent mais discret pour les auditeurs, la mise en place des valeurs évoquées ci-dessus (articulation des phrases musicales, mise en place des notes par rapport à la mesure, accentuations) pouvant être différentes, voire inversées. Les musiques évoluées qui se réclament du jazz depuis les années soixante de dix, après le free-jazz, ne se fondent, sauf exception, sur ces principes et le terme swing est peu usité et évoque plutôt un climat musical.

Entre 1915 et le début des années cinquante le Swing était plus souvent qualifié de Fox-Trot . Son premier usage remonterait à 1907, dans le titre d’une composition de Jelly Roll Morton: Georgia Swing.

Avoir le swing

Longtemps cette notion un peu abstraite était associée au Jazz, lorsque l’exécution musicale atteignait une sorte de “moment de grâce”, une période où la musique décolle. Cette notion se retrouve dans de nombreux autres styles de musique que le jazz sous des noms différents : le duende en flamenco, le tarab en musique arabe, le groove dans le funk ou soul, sabor dans la salsa, etc.

Middle Jazz

In History on September 29, 2010 at 6:20 pm

Le middle jazz est un courant musical du jazz qui prend son essor au milieu des années 1920 et va jusqu’à l’avènement du be-bop dans les années 1940. Il est surtout caractérisé par le développement des grands orchestres et big bands et du swing. Par extension, ce courant est également appelé « ère des big bands », « époque du swing » ou tout simplement « swing ».

Un élément du middle jazz est l’apparition des grands orchestres et des big bands, avec notamment le développement des sections de cuivres, et particulièrement des saxophones. Chaque orchestre acquiert une identité et une couleur qui lui est propre, surtout grâce au travail des arrangeurs et des chefs d’orchestre qui adaptent les compositions à la personnalité de l’orchestre, voire de chaque musicien. Malgré l’effectif important de ces orchestres, ils laissent à des solistes de talent la possibilité de s’exprimer au cours de longs solos. Mais l’élément le plus caractéristique de ce courant est l’adoption par ces orchestres du style swing, basé sur la répétition de petites phrases rythmées : les riffs.

Le mouvement middle jazz a été amorcé par Louis Armstrong qui en 1927 et 1928, avec ses deux ensembles, les Hot Five et Hot Seven, établit l’orchestre comme un support pour le soliste. Armstrong rejoint quelques mois plus tard Fletcher Henderson qui avait inauguré le grand orchestre en 1927. Deux des acteurs majeurs de ce courant furent sans doute Count Basie qui, après avoir rejoint l’orchestre de Benny Moten en 1929, en devient le chef après sa mort en 1935 et Duke Ellington qui à partir de 1927 fait évoluer son petit orchestre des Washingtonians en un fameux big band. En 1935, le clarinettiste Benny Goodman, surnommé le « roi du swing », forme son propre orchestre et n’hésite pas à engager Fletcher Henderson.

Cette époque a vu apparaître également des solistes caractéristiques comme le saxophoniste Coleman Hawkins qui en entrant en 1922 dans l’orchestre de Fletcher Henderson fut le premier à donner sa place d’honneur au sax ténor, l’autre saxophoniste ténor Lester Young qui rejoint Count Basie, les chanteuses Billie Holiday et Ella Fitzgerald, ou les pianistes Fats Waller et Art Tatum.

Le courant va s’essouffler avec l’émergence du bebop, mais ses principes seront repris au milieu des années 1950 dans le mainstream.

Quelques musiciens du middle jazz

  • Fletcher Henderson
  • Benny Moten
  • Count Basie
  • Duke Ellington
  • Cab Calloway
  • Benny Goodman
  • Jimmie Lunceford
  • Earl Hines
  • Chick Webb
  • Artie Shaw
  • Louis Armstrong (trompette)
  • Don Byas (saxophone)
  • Harry Carney (saxophone)
  • Charlie Christian (guitare)
  • Bill Coleman (trompette), (bugle)
  • Ella Fitzgerald (chant)
  • Lionel Hampton (vibraphone)
  • Coleman Hawkins (saxophone)
  • Johnny Hodges (saxophone)
  • Billie Holiday (chant)
  • Freddie Green (guitare)
  • Jo Jones (batterie)
  • Thad Jones (trompette)
  • Gene Krupa (batterie)
  • Bubber Miley (trompette)
  • Buddy Tate (saxophone)
  • Art Tatum (piano)
  • Juan Tizol (trombone)
  • Fats Waller (piano)
  • Ben Webster (saxophoniste)
  • Cootie Williams (trompette)
  • Teddy Wilson (piano)
  • Lester Young (saxophone)

Smooth Jazz

In History on September 29, 2010 at 6:18 pm

Le smooth jazz utilise des sonorités douces souvent avec un côté Jam du jazz et les influences de musique soul, funk et pop.

Le smooth jazz peut être instrumental ou chanté, l’instrumentation est très proche du jazz : une rythmique composée d’une batterie, d’une basse électrique, divers synthétiseurs, et un ou plusieurs instruments solistes. Le solo est tenu la plupart du temps par une guitare, mais aussi par des saxophones, flûtes, pianos ou bien rhodes. L’utilisation des synthétiseurs donne un aspect un peu rétro 1980’s au son.

Ce courant, né de la rencontre entre le jazz et d’autres éléments tels que le funk, la soul et la pop, s’inscrit totalement dans l’évolution du jazz-fusion. On peut même considérer que le smooth jazz est au jazz-fusion ce que le cool jazz était au jazz traditionnel.

On l’appelle parfois “Rhythm & Jazz” (un terme employé bien avant l’apparition du mot Smooth Jazz), “Jazz-Pop” ou “NAC” (“New Adult Contemporary”) pour son fort potentiel de “crossover”, ce qui revient à dire que cette musique a souvent tendance à attirer à elle un public néophyte en matière de jazz, qui vient plutôt des milieux pop, Rock ou R&B. Ce qui compte est davantage les mélodies, le rythme entraînant, et la facilité d’écoute. Le terme de smooth jazz est souvent employé pour désigner des styles très variés, et ne reflète pas précisément un genre bien défini.

On doit les prémices de cette musique à des artistes tels que Wes Montgomery pendant ses années A&M Records (à savoir des albums de reprises de succès pop enregistrés avec des sections de cordes) ou Lonnie Liston Smith, et surtout au prestigieux label CTI Records, qui a amené le jazz à un tout nouveau public. La plupart des artistes pionniers du genre proposait un style fortement marqué par les musiques afro-américaines, telles que la Soul et le Funk. À ce propos, l’émission américaine “The Quiet Storm” a été l’une des premières à diffuser du smooth jazz en 1976, qui était alors considéré comme le penchant instrumental de la musique Quiet Storm, popularisée par des artistes comme Smokey Robinson ou Luther Vandross.

Puis au fil des ans, le smooth jazz a cherché à conquérir un public plus blanc, en proposant des sonorités très pop voire parfois New Age. Kenny G est sans doute l’artiste le plus représentatif de ce tournant. Son succès sans égal (NB : il fait partie des 25 artistes les plus vendeurs de tous les temps aux États-Unis, toutes catégories confondues) a donc eu une grande influence sur le son actuel du smooth jazz.

Les détracteurs du smooth jazz lui reprochent son manque d’improvisation, de swing (rythmique ternaire qui fait défaut au smooth jazz, résolument binaire), ainsi que son côté particulièrement formaté.

Si le smooth jazz n’a pas un franc succès en Europe, c’est le genre de jazz le plus vendeur de l’autre côté de l’Atlantique et la plupart des radios jazz américaines ne diffusent quasiment que du smooth jazz. À l’origine, les radios smooth jazz éditaient les morceaux en enlevant les solos ou l’improvisation : cela a été à l’origine du format smooth jazz que l’on connaît actuellement. Les détracteurs du genre lui reprochent son côté formaté pour passer en radio.

Les défenseurs du genre considèrent le smooth jazz comme un des sous-genres légitimes du jazz, au même titre que le jazz-fusion, dont il est dérivé, mais d’autres prétendent que le smooth jazz n’est pas un genre de jazz mais un terme inventé par les médias pour désigner de la simple pop instrumentale. Ce reproche n’est pas toujours justifié pour certains musiciens smooth jazz, qui s’avèrent être parfaitement capables de jouer du jazz traditionnel et comptent dans leur discographie quelques albums dans ce genre. Un des meilleurs exemples est celui du saxophoniste Gerald Albright, qui a obtenu les faveurs des critiques les plus pointus de jazz à la sortie de son album Live At Birdland West. Par ailleurs, beaucoup de musiciens smooth jazz sillonnent les routes en accompagnant des artistes populaires de renom, c’est par exemple le cas de Candy Dulfer pour Prince ou Chris Botti pour Sting.

Artistes

Il existe nombre de groupes de smooth jazz, mais ce sont le plus souvent les musiciens solistes qui sont mis à l’honneur dans ces groupes.

On trouve parmi ceux-là :

Joshua Redman

Joshua Redman

  • le guitariste Ronny Jordan caractérisée par sa façon de jouer sa guitare octavée
  • le saxophoniste Kenny G.
  • Le groupe Incognito a réuni plus d’une centaine d’artistes différents sur ses albums.

Albums

Les albums de smooth jazz sont souvent réputés pour être très formatés. En effet, beaucoup de critiques considèrent que les musiciens smooth jazz n’exploitent qu’une petite partie de leurs capacités sur leurs albums studio afin de pouvoir passer en radio, en improvisant le moins possible. En revanche, pendant les concerts, on peut attester de leur niveau technique car ils se livrent beaucoup plus volontiers aux improvisations, tels n’importe quels autres musiciens de jazz.

On trouve sur les albums souvent beaucoup d’invités dont le but est souvent de stimuler les ventes et d’approvisionner les radios smooth jazz en titres vocaux. Ces invités sont la plupart du temps d’autres artistes reconnus du genre ou des chanteurs de R&B, et plus particulièrement Quiet Storm. L’une des grandes particularités de ces albums est la présence de nombreuses reprises instrumentales de morceaux R&B ou pop à succès, qui reprennent souvent la mélodie note pour note, avec parfois quelques vocalises pendant le refrain.

Quelques exemples :
That’s The Way Love Goes de Janet Jackson par Norman Brown
Jammin’ de Bob Marley par Grover Washington, Jr.
Smoke Gets In Your Eyes des Platters par David Sanborn
Beautiful de Christina Aguilera par Kenny G avec la chanteuse Chaka Khan
Careless Whisper de George Michael par Dave Koz avec le chanteur Montell Jordan
Tears In Heaven de Eric Clapton par Joshua Redman

Certains artistes ont même fait des albums entiers de reprises.

Quelques exemples :
Inner City Blues – Grover Washington, Jr.
Classics In The Key of G – Kenny G
Songs from the Key of Life – Najee (version instrumentale de l’album de Stevie Wonder)
There’s a Riot Goin’ On – George Howard (version instrumentale de l’album de Sly & The Family Stone)
Forever, For Always, For Luther – Divers artistes (album hommage à Luther Vandross)
UnwrappedDef Jazz et Streetwize – Divers artistes (compilations qui reprennent des morceaux Rap et R’n’B en version smooth jazz)

Nu Jazz

In History on September 29, 2010 at 6:11 pm

C’ est une dénomination générale apparue à la fin des années 1990 pour désigner des styles musicaux qui marient des harmonies ou instrumentations jazz, funk, issues de la musique électronique et de l’improvisation libre, on rencontre également les termes de jazz électroniqueelectronic jazzelectro-jazze-jazzjazztronicajazz housephusion ou future jazz. Le Nu-jazz va plus loin dans le territoire de l’electronique que son proche cousin l’Acid Jazz, qui reste plus proche du Soul et du rhythm and blues. Les compilations Saint-Germain-des-Prés Café donnent un aperçu de la scène Nu-jazz depuis 2001.

« Le Nu jazz est au jazz (traditionnel) ce que le punk ou le grunge ont été au rock. […] L’accent est mis sur les chansons, pas sur les prouesses individuelles des musiciens. L’instrumentation du Nu jazz s’étend du traditionnel à l’expérimental, les mélodies sont fraîches, et les rythmes nouveaux et vivants. Avec lui, le jazz redevient plaisant. » — Tony Brewer (traduit de l’anglais), in All About Jazz.

Histoire

Le Nu jazz débute avec l’utilisation d’instruments électroniques dans les années 70 et grâce à des artistes tels que Miles Davis, Herbie Hancock, et Ornette Coleman. C’est en particulier le travail d’Herbie au début des années 80 avec Bill Laswell dans l’album Future Shock qui annonçait le style avec des incorporations d’electro et de rythmes hip-hop. À partir de la fin des années 80, beaucoup de musiciens hip-hop travaillaient dans un style jazz-rap, parmi eux, Gang Starr, The Roots, A Tribe Called Quest, et Nas. Toujours dans les années 80, de nombreux musiciens house s’inspiraient du jazz, en particulier du post-bop et du jazz funk.

Au milieu des années 90 et au début des années 2000 des musiciens de la scène downtempo comme Jazztronic, St Germain, Truby Trio, DJ Takemura, Perry Hemus et Jazzanova ont commencé à plonger plus profondément dans le jazz. Dans la même période les producteurs d’Intelligent Dance Music, pour les plus célèbres Squarepusher et Spring Heel Jack, et plus tard London Elektricity et Landslide, s’y intéressent aussi. Des musiciens techno comme Carl Craig et son projet Innerzone Orchestra, ont également porté un intérêt au Nu jazz. Des figures des scènes hardcore et breakcore, notamment Alec Empire, Nic Endo, et Venetian Snares, ont expérimenté une variante plus dure et bruitiste du style. Dix ans plus tard, certains producteurs de dubstep, tels que Boxcutter, ont aussi expérimenté le jazz électronique.

Tout en conservant les formes traditionnelles du jazz, le pianiste Bugge Wesseltoft et le trompettiste Nils Petter Molvær sont connus pour leur improvisation dans le style nu jazz. The Cinematic Orchestra est également connu pour intégrer une bande de jazz traditionnel dans ses productions musicales au milieu d’éléments électroniques. St Germain, une figure du nu jazz, a même vendu 1,5 millions d’exemplaires de son album Tourist, qui a ainsi été meilleure vente d’album de jazz aux États-Unis.

West Coast Jazz

In History on September 29, 2010 at 6:02 pm

C’est le jazz pratiqué en Californie par les musiciens, en majorité blancs, de cette région des États-Unis dans les années 1950, plus précisément entre 1952 et 1958. La grande concentration de musiciens dans cette région, due en grande partie au travail offert par les studios d’Hollywood alors en plein essor, permit l’éclosion d’une scène Jazz très active.
Si on peut contester l’existence d’une école “West Coast” au regard de la diversité des productions de ce courant, la majorité des critiques et amateurs reconnaissent cependant une certaine parenté esthétique, au-delà de l’unité historique et géographique, entre les acteurs du Jazz West Coast.

Histoire

La Californie, en particulier Los Angeles, est depuis le début du XXe siècle un des hauts lieux du Jazz. Au début de la Seconde Guerre mondiale, la Californie connaît un fort boom économique et l’activité des clubs de Jazz se faît plus intense. Les plus importants jazzmen américains passent alors jouer en Californie tel Charlie Parker qui y séjourne de 1945 à 1947. Los Angeles est surtout connu à l’époque pour sa scène Dixieland mais le Jazz moderne va finir par s’imposer au début des années 1950 dans de nombreux clubs comme le “Trade Wings”, “Billy Berg’s”, “Zardi’s”, “Tyffany’s” ou le “Surf Club”.

Des grands orchestres à la musique audacieuse apparaissent comme l’orchestre de Woody Herman avec son Second Herd et celui de Stan Kenton. Ces deux formations vont compter en leur sein beaucoup de futures vedettes du Jazz West Coast. Ainsi derrière les pupitres de Kenton vont s’illustrer Art Pepper, Shelly Manne, Shorty Rogers, Bud Shank, Bob Cooper entre autres.

Quant au Second Herd de Woody Herman, il crée les premiers chefs d’œuvre du mouvement avec Four Brothers (1947) de Jimmy Giuffre etEarly Autumn (1949) arrangé par Ralph Burns contenant un solo d’anthologie de Stan Getz. Le principal apport de cet orchestre est le son révolutionnaire, léger et souple, de sa section d’anches, les fameux “Four Brothers” initialement nommés Four Mothers (pour motherfuckers) comprenant les saxophonistes ténor Stan Getz, Zoot Sims, Herbie Steward et le baryton Serge Chaloff.

Tous ces musiciens sont loin d’être tous originaires de Californie. Shelly Manne dira plus tard que « tous les musiciens de la West Coast venaient de New York » (in Jazz Magazine, n° 567). Ils vont bientôt quitter les grands orchestres pour mener diverses expériences à formations variables, du trio au Big Band, tout en travaillant pour les studios de cinéma. Leur point de ralliement est le “Lighthouse” d’Hermosa Beach à une trentaine de kilomètres de Los Angeles, où le bassiste Howard Rumsey organisait des jam sessions devenus mythiques. Trois leaders aux multiples talents s’imposent rapidement, Shorty Rogers, Shelly Manne et Jimmy Giuffre. Autour de ces trois hommes se crée une véritable communauté de musiciens créant un nombre important de disques souvent de grande qualité. Shelly Manne a bien décrit l’atmosphère créatrice qui régnait à l’époque :

« Nous expérimentions sans cesse en nous servant de compositions écrites, il était impossible de dire où finissait la composition et où commençait l’improvisation. S’il s’est passé quelque chose de spécial à cette époque en Californie, c’est parce que nous étions un petit groupe de musiciens qui travaillions toujours ensemble, qui échangions des idées. Quand je faisais un disque, les autres étaient sur mon disque et quand ils faisaient un disque, j’étais dessus. Si le son était tellement particulier, reconnaissable, c’est qu’il venait du même groupe de gens. Quel que soit le leader, c’était le même son. (…) Nous étions très proches les uns des autres. D’abord parce que nous avions vécu ensemble les tournées des grands orchestres – Giuffre, Rogers et moi dans l’orchestre de Woody Herman, ou dans celui de Stan Kenton avec Bud Shank, Art Pepper, Shorty… Avant de nous installer sur la Côte Ouest, nous avions déjà passé des années ensemble. »

Un des premiers manifestes du mouvement est le disque “Modern Sounds enregistré en octobre 1951 par Shorty Rogers & His Giants. Gerry Mulligan, à la marge du mouvement, remporte le succès avec son quartet sans piano avec Chet Baker en 1952.

Les années 1960 sont moins favorable aux musiciens de Jazz mais le club dirigé par Shelly Manne, le Shelly Manne’s Hole, reste de 1960 à1972 le dernier bastion du jazz vivant à Los Angeles.

Styles

Le mouvement West Coast se nourrit de diverses influences : la virtuosité et les innovations du Be Bop, le jeu détendu de Lester Young, les expériences pré-Free de Lennie Tristano, l’efficacité du Swing de Count Basie mais aussi les compositeurs classiques du xxe siècle, en particulier les impressionnistes français Debussy et Ravel.

Les musiciens West Coast possèdent, pour la plupart, de sérieuses connaissances musicales acquises notamment auprès du Dr. Wesley LaViolette, un théoricien du contrepoint et grand pédagogue. Tous ces éléments divers se mélangent avec un dosage différent selon les enregistrements.

Une des caractéristiques constantes de ces enregistrements est l’importance et le soin accordés aux arrangements. Musique écrite et liberté d’improvisation cohabitent avec bonheur. Un des apports du mouvement au Jazz est l’introduction d’instruments quasiment inédits dans le Jazz comme le cor, le tuba ou le hautbois, tous issus de la musique classique occidentale. Ainsi, de nombreux projets du mouvement prolongent l’esthétique du Birth of the cool de Miles Davis tant au niveau du soin apporté à l’arrangement que de l’instrumentation.

Mais il est réducteur d’assimiler comme cela a été fait pendant longtemps West Coast et Cool car il n’est pas difficile de trouver des solistes et des enregistrements West Coast “hot”. Pour les solistes, on peut citer l’exemple du trompettiste Conte Candoli.

Formations principales

  • Cal Tjader Quartet et Quintet
  • Dave Pell Octet
  • Gerry Mulligan Quartet
  • Howard Rumsey’s Lighthouse All Stars
  • Jimmy Giuffre Trio
  • Lennie Niehaus Octet
  • Marty Paich Big Band
  • Pete Rugolo And His Orchestra
  • Shelly Manne And His Men
  • Shorty Rogers And His Giants

Musiciens

  • Shorty Rogers (trompette, bugle, arrangement)
  • Jimmy Giuffre (saxophone ténor, baryton & soprano, clarinette, flûte, arrangement)
  • Shelly Manne (batterie)
  • Art Pepper (saxophone alto)
  • Gerry Mulligan (saxophone baryton, piano, arrangement)
  • Zoot Sims (saxophone ténor)
  • Stan Getz (saxophone ténor)
  • Chet Baker (trompette, chant)
  • Bud Shank (saxophone alto, flûte)
  • Bob Cooper (saxophone ténor, hautbois)
  • John Graas (cor)
  • Bill Perkins (saxophone ténor, baryton & soprano, flûte)
  • Lennie Niehaus (saxophone alto, arrangement)
  • Marty Paich (piano, arrangement)
  • Conte Candoli (trompette)
  • Lou Levy (piano)
  • Herb Geller (saxophone alto & soprano)
  • Richie Kamuca (saxophone ténor)
  • Jack Montrose (saxophone ténor, arrangement)
  • Chico Hamilton (batterie)
  • Bob Gordon (saxophone baryton)
  • Russ Freeman (piano)
  • Jack Sheldon (trompette)
  • Pete Jolly (piano)
  • Bob Enevoldsen (trombone à pistons, saxophone ténor)
  • Buddy Collette (saxophone alto & ténor, flûte, clarinette)
  • Bill Holman (saxophone ténor, arrangement)
  • Hampton Hawes (piano)
  • Don Fagerquist (trompette)
  • Claude Williamson (piano)
  • Leroy Vinnegar (basse)
  • Milt Bernhart (trombone)
  • Howard Rumsey (basse)
  • Chuck Flores (batterie)
  • Frank Rosolino (trombone)
  • Curtis Counce (basse)
  • Stan Levey (batterie)
  • June Christy (chant)
  • Harold Land (saxophone ténor)
  • Cy Touff (trompette basse)
  • André Prévin (piano, arrangement)

Discographie partielle

  • 1949 : Keeper of The Flame : The Complete Capitol Recordings – Woody Herman
  • 1951-1956 : West Coast Sounds – Shorty Rogers, Fresh Sounds, 2006 (comprend Modern Sounds, 1951 ; Cool and Crazy, 1953 ; Shorty Rogers courts the Count, 1954…)
  • 1952-1957 : The Complete Pacific Jazz Recordings of The Gerry Mulligan Quartet with Chet Baker
  • 1953 : Sunday Jazz à la Lighthouse – Howard Rumsey’s Lighthouse All-Stars, Contemporary
  • 1953 : The Chet Baker Quartet Featuring Russ Freeman, Pacific Jazz
  • 1953 : Easy Like – Barney Kessel, Contemporary
  • 1953-1955 : Shelly Manne & His Men, Vol. 1 : The West Coast Sound, Contemporary
  • 1953-1955 : Something Cool – June Christy, Capitol
  • 1954 : The Three & The Two – Shelly Manne, Contemporary
  • 1954-1955 : The Cool One – Jimmy Giuffre, Giant Steps, 2006
  • 1954-1956 : Lighthouse All-Stars Vol. 4 : Oboe/Flute – Howard Rumsey, Contemporary
  • 1954-1956 : Zounds – Lennie Niehaus, Fantasy
  • 1955 : West Coast Jazz – Stan Getz, Verve
  • 1956 : Picture of Heath (aussi paru sous le nom Playboys) – Chet Baker & Art Pepper, Pacific Jazz
  • 1956 : Lighthouse All-stars : Music For Lighthousekeeping – Howard Rumsey, Contemporary
  • 1956 : The Steamer – Stan Getz, Verve
  • 1956-1957 : Modern Art – Art Pepper, Blue Note
  • 1957 : The Poll Winners with Ray Brown and Shelly Manne – Barney Kessel
  • 1959 : Art Pepper + Eleven, Contemporary
  • 1959 : Modern Touch – Marty Paich
  • 1959 : Shelly Manne & His Men at the Blackhawk Vols 1-5, Contemporary

Cool Jazz stream

In History on September 29, 2010 at 5:58 pm

Le cool jazz est un courant de jazz apparu dans les années 1950.

Le terme de « cool jazz » est discutable et ne recouvre pas de fait un style précis, des musiques très différentes se sont vues étiquetées comme du « cool jazz » (des expériences de Lennie Tristano aux reminiscences classiques du Modern Jazz Quartet et passant par l’inclassable quartet de Dave Brubeck). Plus qu’un véritable « style », il s’agit plutôt d’une approche plus calme et plus détendue du jazz, rompant avec la frénésie du bebop.

Par tradition, on considère que le «cool jazz » est né en 1949 sous la houlette des musiciens regroupés par Miles Davis pour élaborer la musique de son nonette (Gerry Mulligan, Gil Evans, John Carisi, John Lewis,…). Les titres enregistrées pour 78t par cette formation (regroupées plus tard sur l’album intitulé « Birth of the cool »), les enregistrements de Gerry Mulligan avec son quartet ou son tentet, certains disques en petites formations de Shorty Rogers («Modern sounds» pour Capitol) sont représentatives de cette esthétique.

La musique du nonette de Miles Davis était en fait l’adaptation au jazz moderne de concepts déjà exploités par l’orchestre de Claude Thornhill (absence de vibrato, son feutré, phrasé peu accentué,…). On peut même considérer que cette approche « cool » du jazz était déjà présente chez des musiciens des années 20 comme Bix Beiderbecke et Frankie Trumbauer, ou des jazzmen des années 30 comme Lester Young.

Le « cool jazz » est souvent associé au mouvement « jazz West Coast », jazz joué, dans les années 50, par les musiciens (la plupart du temps blancs) qui exerçaient alors en Californie et travaillaient pour les studios cinématographiques.

Les écrivains beatniks, en particulier Jack Kerouac, ont été des chanteurs de ce « style » de jazz.

Quelques célèbres représentants du « cool jazz »

Miles Davis, Chet Baker, Gerry Mulligan, Lennie Tristano, Lee Konitz, Dave Brubeck

The Maintream Jazz

In History on September 29, 2010 at 5:53 pm

Le Mainstream est un courant du jazz apparu au milieu des années 1950 et qui continue encore aujourd’hui.

Alors que le bebop était arrivé à maturité, celui-ci n’avait pas les faveurs du grand public, les jeunes de l’époque préférant se tourner vers le rock and roll naissant. Les vétérans du middle jazz décident de revenir au « courant principal » initié à leur époque. Les grands orchestres, qui furent remplacés par des groupes plus modestes, disparurent mais on retrouve les grandes caractéristiques de cette époque comme le swing, les longs soli mélodiques et les « standards ».

Initié dans les années 1950 par les vétérans du middle jazz comme Coleman Hawkins, Count Basie ou Duke Ellington, le mouvement connut un essoufflement dans les années 1960, dû à la fois à l’émergence d’autres courants du jazz et à la disparition d’une partie des « vétérans ». Mais le mouvement est relancé depuis les années 1970 avec l’arrivée de nouveaux acteurs, comme le saxophoniste Scott Hamilton, le cornettiste Ruby Braff ou le trompettiste Warren Vaché.

Le terme de mainstream sera repris dans la musique hip hop pour designer le calibrage grand public de certains titres, album ou artistes.

Quelques représentants du mainstream

Ruby Braff (cornet), Buck Clayton (trompette), Count Basie (piano), Benny Carter (saxophone), Duke Ellington (piano), Erroll Garner (piano), Scott Hamilton (saxophone), Coleman Hawkins (saxophone), Oscar Peterson (piano), Warren Vaché (trompette)

Soul Jazz

In History on September 29, 2010 at 1:54 pm

Le soul jazz est issu du hard bop. Il incorpore des influences des blues et de la musique gospel. Les claviers, et surtout l’orgue Hammond, y figurent grandement. La musique se fonde sur des phrases musicales répétitives (grooves et hooks) et sur des solos moins complexes que ceux du hard bop.

La musique soul est un phénomène indépendant.

Musiciens

Orgue :

  • Ray Charles, Bill Doggett, Charles Earland, Richard “Groove” Holmes, Les McCann, Brother Jack McDuff, Jimmy McGriff, Donald Patterson, Jimmy Smith, Johnny Hammond Smith

Piano :

  • Ramsey Lewis, Lonnie Liston Smith

Saxophone :

  • Gene Ammons, Lou Donaldson, Eddie “Lockjaw” Davis, Eddie Harris, Houston Person, Stanley Turrentine, Maceo Parker, David Sanborn, Grover Washington Jr., Courtney Pine, Cannonball Adderley

Guitare :

  • Billy Butler, Bobby Broom, Boogaloo Joe Jones, Grant Green, George Benson, Joe Beck, Joel Kipnis, Kenny Burrell, Mark Whitfield, Melvin Sparks, Norman Brown, Pat Martino, Ronald Muldrow, Ronny Jordan, Wayne Johnson, Wes Montgomery.

Post Bop Jazz

In History on September 29, 2010 at 1:52 pm

Le Jazz Post-bop désigne une forme de jazz pratiquée par de petits ensembles et qui s’est développée au cours de la première moitié des années 1960.
McCoy Tyner- The Real McCoy
Les origines de ce courant remontent à des travaux fondamentaux menés par des musiciens comme John Coltrane, Miles Davis, Bill Evans, Charles Mingus et Herbie Hancock. De façon générale, le terme de post-bop fait référence au jazz du milieu des années soixante montrant des influences du hard bop, du jazz modal, de l’avant jazz et du free jazz, sans nécessairement pouvoir être identifé à aucun de ces courants. Le terme est d’usage relativement récent et n’était pas communément usité au cours de sa période de vitalité.

Une grande partie du post-bop a été publié sur le label Blue Note Records. Parmi les albums clés du genre, on peut citer Speak No Evil de Wayne Shorter, The Real McCoy de McCoy Tyner, Maiden Voyage de Herbie Hancock et Search For the New Land de Lee Morgan. La plupart des artistes associés au post-bop ont également travaillé dans d’autres champs du jazz ; le post-bop se recoupe tout particulièrement avec le hard bop tardif.

Au début des années 1970, la plupart des artistes majeurs du post-bop se sont orientés vers une des nombreuses variantes du jazz fusion. Wynton et Branford Marsalis furent les meneurs d’une réminiscence du genre au cours des années 1980, qui se poursuit encore de nos jours.

Jazz Fusion

In History on September 29, 2010 at 1:41 pm

Le jazz-rock ou jazz fusion est né vers 1970. Il mêle des éléments venus du jazz avec d’autres courant musicaux comme le rock et le funk. Le jazz-rock a permis d’élargir considérablement le public du jazz, qui s’était beaucoup réduit avec le free jazz, et a généré de nombreux succès commerciaux. Le mouvement est surtout marqué par Miles Davis, Frank Zappa et le groupe Weather Report.

À la fin des années 1960, certains musiciens de jazz, emmenés par Miles Davis (In a Silent Way, 1969,  suivi de Bitches Brew, 1970), expérimentent le mélange des formes et des techniques d’improvisation du jazz avec les instruments électriques du rock ainsi que les rythmes de la musique soul et du rhythm and blues. Parallèlement, quelques artistes issus du rock commencent à intégrer des éléments venus du jazz à leur musique ; Frank Zappa fut un pionnier avec son album Hot Rats de 1969. C’est au cours des années 1970 que la fusion connaît son heure de gloire mais le style a continué à évoluer et à être représenté jusqu’à aujourd’hui.

Le jazz fusion est typiquement une musique instrumentale. Les morceaux sont généralement longs, avec de longues phases d’improvisation, des motifs et des signatures rythmiques souvent complexes, des caractéristiques qu’on retrouve rarement dans les autres formes demusique occidentale. De nombreux musiciens de jazz fusion sont connus pour être des virtuoses.

Origines

Le trompettiste et compositeur Miles Davis est un acteur majeur de la naissance et du développement du jazz fusion. Après avoir enregistré un grand nombre d’albums entre 1959 et 1963 et avoir popularisé plusieurs genres de jazz, en particulier le cool jazz et le jazz modal, Miles Davis entre dans une période particulièrement productive à partir de 1964, avec un quintette formé de Wayne Shorter, Ron Carter, Herbie Hancock et Tony Williams. Le quintet est source d’une formidable jubilation pour Davis, qui trouve une grande satisfaction dans le jeu de ses partenaires. L’album de 1966 Miles Smiles incorpore déjà des mélanges de métrique qui deviendraient caractéristiques du jazz-rock.

En 1967, Miles Davis ressent la nécessité de changer l’orientation de sa musique, en s’intéressant aux instruments électriques, notamment la guitare. Miles est particulièrement impressionné par Jimi Hendrix, tout comme John McLaughlin, avec qui il collabore pour l’album In a Silent Way, et avec qui il partage une même vision du rôle de la guitare électrique. En 1968, l’album Miles in the Sky inclut pour la première fois des instruments électriques, avec l’utilisation de claviers par Hancock sur la piste “Stuff” et l’apparition du guitariste électrique George Benson sur “Paraphernalia“. Davis poursuit ses exploration des sonorités électriques dans l’album Filles de Kilimanjaro de 1968, toutefois plus proche de la veine du jazz traditionnel; il fait pour la première fois appel à Dave Holland et Chick Corea.

En 1969, Davis introduit une approche résolument électrique du jazz dans In a Silent Way, qui peut être considéré comme son premier album de fusion. Le caractère innovateur de celui-ci sera quelque peu occulté par ses productions suivantes, dans lesquelles il se plonge résolument dans cette nouvelle approche musicale. Moins d’un an plus tard sort l’album Bitches Brew, dans lequel il abandonne clairement le jazz traditionnel pour adopter un style d’improvisation plus proche du rock. L’album est également remarquable pour ses innovations au niveau du rythme et de l’utilisation du studio d’enregistrement. Davis poursuit son travail dans la lignée de la fusion jusqu’en 1975 en sortant les albums Live-EvilA Tribute to Jack JohnsonOn the Corner, et Big Fun, puis il se retire temporairement jusqu’en 1981.

L’explosion des années 1970

Une grande partie de la fusion produite aux États-Unis est l’œuvre d’un noyau de musiciens qui avaient travaillé avec Miles Davis sur les albums fondateurs In a Silent Way et Bitches Brew. En plus de Davis, les figures importantes du jazz-rock des débuts sont John McLaughlin,Larry Coryell, Billy Cobham (avec son album Spectrum), Tony Williams, Herbie Hancock, Chick Corea (avec son groupe Return to Forever), Joe Zawinul et Wayne Shorter avec leur groupe emblématique Weather Report.

Herbie Hancock est le premier à suivre la voie ouverte par Davis en produisant plusieurs albums de fusion expérimentale (comme Crossings, 1972), mais il change rapidement d’orientation et se tourne plutôt vers le jazz-funk, dont il devient un acteur majeur par la réalisation d’albums tels que Head Hunters (1973) ou Thrust (1974). Plus tard dans les années 1970 et au début des années 1980 Hancock produit une musique plus accessible, tout en enregistrant certains disques de jazz acoustique. Il a été l’un des premiers musiciens de jazz à utiliser des synthétiseurs.

À ses débuts, Weather Report est un groupe de fusion tournée vers l’avant-garde expérimentale, dans la lignée de In A Silent Way. Le groupe est particulièrement remarqué à la sortie de ses premiers albums studio et live, comprenant des chansons dont la durée excéde parfois les trente minutes. Plus tard le groupe adopte un son plus commercial et remporte un grand succès avec la chanson Birdland. On peut également remarquer dans les albums du groupe des influences de différents styles musicaux latins ou africains, qui créent un nouveau courant de fusion lié à la world music. Jaco Pastorius, un bassiste électrique à l’approche innovante et techniquement spectaculaire, rejoint le groupe en 1976 sur l’album Black Market et est particulièrement mis en avant dans l’album live de 1979 8:30.

Au Royaume-Uni, le mouvement de jazz fusion est mené par le groupe Nucleus de Ian Carr et dont les deux membres clef Karl Jenkins etJohn Marshall rejoignent plus tard le groupe emblématique Soft Machine; ses leaders seront plus tard connus sous le nom d’école de Canterbury. Leur album le plus vendu, Third (1970), est un double album comprenant une piste par face, dans le style des enregistrements de Miles Davis mentionnés plus haut. Un autre groupe britannique notable dans la lignée du jazz-rock de Blood, Sweat and Tears et Chicagoest If, qui produit un total de sept albums dans les années 1970.

Chick Corea forme en 1972 le groupe Return to Forever. La style des débuts du groupe est influencé par la musique latine (avec les brésiliens Flora Purim au chant et Airto Moreira aux percussions) mais un tournant est pris vers un son résolument jazz-rock, avec l’incorporation d’influences issues de la musique psychédélique et du rock progressif. Le nouveau batteur, Lenny White, est un ancien collaborateur de Miles Davis. Les chansons de Return to Forever sont particulièrement mélodieuses grâce au style du compositeur Corea et au jeu de basse de Stanley Clarke, qui est souvent considéré avec Pastorius comme le bassiste électrique le plus influent des années 1970. Le guitariste Al Di Meola, qui commence sa carrière avec Return to Forever en 1974, devient rapidement l’un des plus importants guitaristes de jazz fusion. Dans ses albums solo il est l’un des premiers guitaristes à utiliser la technique du Shred, dont l’usage sera plus tard largement répandu dans le heavy metal.

John McLaughlin forme un célèbre groupe de jazz fusion, le Mahavishnu Orchestra, avec le batteur Billy Cobham, le violoniste Jerry Goodman, le bassiste Rick Laird et le claviériste Jan Hammer. Le premier album The Inner Mounting Flame sort en 1971. Les morceaux du groupe comprennent souvent des longs passages de solos dans lesquels violon et guitare électrique se répondent mutuellement. Hammer innove en utilisant un synthétiseur minimoog avec des effets de distorsion qui lui donnent une sonorité proche de la guitare électrique. Le son de Mahavishnu Orchestra est influencé aussi bien par le rock psychédélique que par la musique indienne traditionnelle, que McLaughlin découvre à la radio alors qu’il est âgé de 13 ans. Il parfait sa connaissance de la musique orientale grâce à son gourou spirituel, Sri Chinmoy, qui lui confère le titre de “Mahavishnu”.

La première déclinaison du groupe se sépare après deux albums studio et un live, mais McLaughlin forme ensuite un autre groupe sous le même nom, avec Jean-Luc Ponty, un violoniste de jazz, qui a également participé à de nombreux albums de fusion, sous son propre nom aussi bien qu’avec Frank Zappa, le batteur Narada Michael Walden, le claviériste Gayle Moran et le bassiste Ralph Armstrong. Le premier album de cette nouvelle version du groupe, Apocalypse, est réalisé en collaboration avec l’orchestre symphonique de Londres. À noter que McLaughlin est également un membre fondateur du groupe de l’ancien batteur de Miles Davis Tony Williams, The Tony Williams Lifetime, groupe de fusion avec l’organiste Larry Young, qui connaît plusieurs variations entre 1969 et 1976 et inclut plus tard le bassiste de Cream,Jack Bruce, et le guitariste Allan Holdsworth.

McLaughlin travaille aussi au début des années 1970 avec le guitariste latin-rock Carlos Santana. Le groupe de ce dernier mêle des influences de la Salsa, du rock, du blues et du jazz, en associant des lignes de guitares limpides et des instruments latins tels que destimbales ou des congas. Santana avait lui aussi été l’élève de Sri Chinmoy, qui l’avait gratifié du titre de “Devadip”.

Jan Hammer et Narada Michael Walden vont s’associer ensuite au guitariste britannique Jeff Beck pour l’enregistrement en 1976 de Wired (album), qui se place dans la lignée de Blow By Blow (enregistré en 1975), les albums étant tous deux largement inspirés de ce mouvement. On y trouve des reprises telles que Goodbye Pork Pie Hat, composée par Charles Mingus, qui lui enverra une lettre de félicitations. Ces deux albums sont parmi les plus innovants que Jeff Beck ait jamais sortis. Suivra la sortie d’un disque Live enregistré avec le Jan Hammer Group.

Parmi les autres musiciens qui émergent du mouvement jazz fusion des années 1970 on peut également citer les guitaristes Larry Coryell, avec son groupe The Eleventh House, et Pat Metheny. Le groupe de ce dernier, fondé en 1977, remporte un succès notable dans les charts avec son second album, American Garage (1980). Bien que certains jazzmen ou critiques de jazz aient sévèrement critiqué l’utilisation des styles du rock et des instruments électriques ou électroniques, on peut remarquer que même de vieux vétérans du jazz comme Buddy Rich, Maynard Ferguson et Dexter Gordon ont finalement révisé leur approche musicale pour y inclure des éléments de fusion.

Les années 80

Vers la fin des années 1970 et le début des années 1980, une grande partie du mouvement jazz-fusion original se trouve dilué dans d’autres branches de jazz et de rock, tout spécialement le smooth jazz. Le mélange de jazz et de musique pop/rock prend un tournant moins avant-gardiste et plus commercial, sous la forme de compositions aux sonorités plus douces, plus proches du soft rock et susceptibles de connaître une plus large diffusion, radiophonique notamment. Selon l’article de Allmusic sur la fusion, en devenant plus commercial, la musique désignée sous le nom de “fusion” a fini par n’être plus qu’une combinaison de jazz, d’easy-listening, de pop music et de R&B. Des artistes comme Lee Ritenour, Al Jarreau, Kenny G, Bob James et David Sanborn, entre autres, étaient les figures en vue de cette fusion teintée de pop (aussi connue sous le nom de “west coast” ou “AOR fusion”). Ce courant, fréquemment désigné sous le nom de “smooth jazz“, est sujet de controverses aussi bien chez les amateurs de jazz populaire que de jazz fusion, qui considèrent qu’il est trop commercial et manque des qualités qui avaient caractérisé le jazz depuis plusieurs décennies, en particulier sur le plan de l’improvisation.

Le critique musical Piero Scaruffi a nommé ce courant “pop-fusion music”, et le décrit comme “…une musique douce, fade, romantique”, faite par des “musiciens médiocres” et des “groupes secondaires”. Il a qualifié certains albums de fusion de Michael et Randy Brecker de “dance music triviale” (“trivial dance music“), et d’autres du saxophoniste alto David Sanborn de “collections triviales” de “…pseudo-jazz accrocheur et dansable”. Kenny G fait en particulier l’objet de sévères critiques aussi bien de la part des fans de fusion que de jazz, ou même d’autres musiciens, alors qu’il remporte un succès commercial considérable. Le critique musical George Graham affirme que “le soi-disant son ‘smooth jazz’ de gens comme Kenny G n’a rien de la flamme et de la créativité qui ont caractérisé le meilleur de la scène fusion durant son âge d’or dans les années 1970

Le jazz fusion a pour sa part reçu des critiques négatives aussi bien de la part des traditionalistes du jazz qui préféraient les courants principaux et plus conventionnels (particulièrement lors de l’émergence du mouvement), que de la part des amateurs de smooth jazz, qui faisaient le choix d’une musique plus accessible. Ces réactions sont tout à fait analogues à la manière dont les amateurs de swing jazz ont accueilli négativement le be-bop dans les années 1940, ou à la posture des défenseurs du “jass” de Dixieland ou de la Nouvelle-Orléans face à l’arrivée du swing à la fin des années 1920. Certains critiques ont également qualifié l’approche musicale de la fusion de prétentieuse, d’autres ont affirmé que ses musiciens étaient trop préoccupés par la virtuosité instrumentale. Quoi qu’il en soit, le jazz fusion a permis de renverser les barrières entre le jazz et différents genres de rock et a ouvert la voie à d’importants développements ultérieurs du jazz tels que l’acid jazz, ce dernier grâce à l’assimilation des tendances électroniques de la musique des années 1980.

Le renouveau

Dans les années 1980, le destin pourtant prometteur du jazz fusion se voit quelque peu désavoué, bien que continuant d’être incarné par certains groupes comme Tribal Tech ou Elektric Band de Chick Corea7. L’avènement du smooth jazz avait rendu confuse la signification même du terme “fusion”. Certains groupes contribuèrent cependant vers la fin de la décennie à une renaissance du genre; nombre d’entre eux étaient des “géants” de la fusion des années 1970 ou d’anciens membres des groupes pionniers.

Après un long break, Miles Davis continue sa carrière. Il enregistre avec de nouveaux musiciens un jazz-rock teinté de pop tout au long des années 1980 et ignore la critique des fans de son jazz de la première heure en produisant une œuvre toujours controversée. Ses travaux au cours de cette période reçoivent cependant les hommages des amateurs de fusion ou d’autres styles.

En 1985 Chick Corea forme un nouveau groupe de fusion nommé Chick Corea Elektric Band, avec de jeunes musiciens tels le batteur virtuose Dave Weckl, le bassiste John Patitucci, le guitariste Frank Gambale et le saxophoniste Eric Marienthal. Le nouveau groupe de jazz-rock de Joe Zawinul dans les années 1980 est The Zawinul Syndicate, qui intègre davantage d’éléments issus de la world music au cours des années 1990.

L’un des groupes importants du début des années 1990 est Tribal Tech, mené par le guitariste Scott Henderson et le bassiste Gary Willis. Henderson est encore membre des formations de Corea et de Zawinul de la fin des années 1980 lorsqu’il met en place son propre groupe, qui inclut également le claviériste Scott Kinsey et le batteur Kirk Covington (tous deux ont également enregistré d’autres projets solos de fusion). Henderson participe aussi au projet jazz-rock du batteur Steve Smith, Vital Information, avec le bassiste Victor Wooten issu de l’éclectique Bela Fleck and the Flecktones; ils enregistrent sous la bannière de Vital Tech Tones.

Le guitariste Allan Holdsworth joue aussi bien dans le registre du rock que de la fusion. D’autres guitaristes d’importance tels qu’Eddie Van Halen, Steve Vai (découvert par Frank Zappa) et Yngwie Malmsteen ont fait l’éloge de son jeu. Dans ses enregistrements de la fin des années 1980 il utilise fréquemment une guitare MIDI de type SynthAxe, dont il affirme qu’elle lui a permis de considérablement augmenter ses possibilités de composition et de jeu. Holdsworth continue aujourd’hui à produire des disques et à effectuer des tournées à travers le monde de façon régulière. Il a souvent travaillé avec les batteurs Chad Wackerman, Vinnie Colaiuta, ou Gary Husband, qui ont eux-mêmes sorti des disques de fusion en solo. Un autre ancien guitariste de Soft Machine, Andy Summers de The Police, a sorti plusieurs albums de fusion au début des années 1980.

Les guitaristes John Scofield et Bill Frisell ont tous deux réalisé divers enregistrements de fusion au cours des vingt dernières années tout en poursuivant leur exploration d’autres styles musicaux. Pick Hits Live etStill Warm de Scofield sont de bons exemples de fusion. Le guitariste japonais de fusion Kazumi Watanabe a produit de nombreux disques au cours des années 1980 et 1990, dont certains, comme Mobo Splashet Spice of Life, ont été particulièrement appréciés.

Le saxophoniste Bob Berg, découvert par Miles Davis, a enregistré un certain nombre d’albums jazz-rock avec son ancien partenaire dans le groupe de Davis, le guitariste Mike Stern. Stern continue de jouer régulièrement de la fusion à New York ou à travers le monde. Ils ont ensemble fréquemment joué avec le très renommé batteur Dennis Chambers, qui a également enregistré ses propres albums de fusion. Ce dernier est aussi membre du groupe CAB, mené par le bassiste Bunny Brunel, qui inclut également le guitariste et claviériste Tony MacAlpine. L’album CAB 2 a été nomminé aux Grammy awards en 2002. MacAlpine a également été guitariste dans le groupe de metal fusion Planet X, avec le claviériste Derek Sherinian et le batteur Virgil Donati. Bill Evans, un autre ancien membre des groupes de Miles Davis des années 1980, à lui aussi réalisé un certain nombre d’enregistrements de fusion, dont Petite Blonde en 1992, qui a été accueilli très positivement.

Le groupe de Jack DeJohnette Parallel Realities, dont les autres membres sont Dave Holland et Herbie Hancock, deux autres disciples de Davis, ainsi que Pat Metheny, a enregistré et s’est produit en concert en 1990; un DVD remarquable sur leur prestation au Mellon Jazz Festival de Philadelphie a été édité. Le bassiste de jazz Christian McBride a sorti deux albums de fusion tendance jazz-funk, Sci-Fi (2000) etVertical Vision (2003). D’autres disques de fusion récents et remarquables sont ceux du claviériste Mitchel Forman et son groupe Metro, formé avec le bassiste de Mahavishnu Jonas Hellborg, le guitariste virtuose Shawn Lane et le claviériste Tom Coster.